L'autopsie d'Agnès, l'adolescente disparue en Haute-Loire dont le corps carbonisé a été retrouvé deux jours plus tard dans un bois, à trois kilomètres de l'établissement scolaire où elle était en internat, n'a pas encore eu lieu, mais déjà, à partir des premières constatations et des aveux partiels du suspect, lui aussi pensionnaire du Collège cévenol de Chambon-sur-Lignon, le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Jean-Yves Coquillat, a pu affirmer qu'elle avait été violée, et que sa mise à mort avait été préméditée.
Notamment par égard pour les parents de la victime avec lesquels il venait de s'entretenir pendant une heure, lors d'une conférence de presse en fin d'après-midi, le procureur s'est refusé à détailler quoi que ce soit, mais il a indiqué que l'adolescente avait été tuée de façon "atroce". Relancé avec insistance sur la question du comment, le magistrat n'a pas été plus disert, mais il a répété que la jeune fille avait été "tuée de façon extrêmement violente et brutale".
Comme une preuve que le meurtre avait été planifié, il a souligné que le lycéen, gardé à vue depuis jeudi et qui a conduit les enquêteurs sur le site où se trouvait le corps, s'était muni la veille du crime de divers "objets" dans la perspective de sa promenade avec la victime. Mais à cet égard aussi, le procureur s'est montré très discret.
M. Coquillat a en revanche apporté des éclaircissements sur la personnalité et le parcours du suspect, qui a reconnu avoir violé, tué et brûlé la jeune fille, mais qui pour l'heure n'a pas expliqué son geste, ou du moins qui a tenu aux enquêteurs des propos peu crédibles à ce sujet.
"Il a reconnu en partie les faits sans s'expliquer sur ses motivations pour l'instant... La vérité est évolutive, il a fait de très longues déclarations depuis la dénégation totale jusqu'aux aveux partiels, mais il n'a pas fourni d'explications cohérentes sur les faits", a dit le magistrat.
Entre autres informations erronées qui avaient "fuitées", le procureur de Clermont a précisé la situation judiciaire du garçon de dix-sept ans, mis en examen pour "assassinat" et "viol".
Contrairement à ce qui a pu être dit, il n'a jamais été condamné pour agression sexuelle, vu qu'il n'a jamais été jugé, ou du moins pas encore, mais il avait bien été mis en examen dans le Gard, accusé du viol d'une camarade de classe en août 2010. Les circonstances de cette affaire sont assez similaires, à la différence notable que la précédente victime avait été épargnée, a répété le procureur à deux fois.
Comme c'est la règle vu son âge, dans l'attente d'un éventuel procès, après quatre mois de détention provisoire, le suspect avait été relâché, mais il faisait l'objet d'un contrôle judiciaire strict, lui interdisant notamment de se rendre dans le Gard, lui imposant un suivi psychiatrique, et la scolarisation dans un internat. C'est précisément ce qui l'a amené au collège-lycée très "select" de Chambon-sur-Lignon, où le directeur au moins était au courant de sa situation.
"La fois précédente, les circonstances étaient identiques. C'était la même chose sauf que la victime est restée en vie... Il avait un contrôle judiciaire strict qu'il respectait. Il était suivi par un psychiatre au Puy-en-Velay, et par un psychologue dans l'établissement" scolaire même, a dit le procureur.
Alors que, nécessairement, l'on voit poindre la polémique sur la question de la récidive et d'un éventuel manque de suivi judiciaire, soulignant que la "psychiatrie n'est pas une science exacte", le magistrat a martelé que l'adolescent, arrivé en novembre 2010 au lycée-collège privé, avait été jugé "adaptable" et "réinsérable" par les experts de Nîmes, qui ne voyaient pas en lui de "dangerosité".
Interrogé sur les éventuelles addictions du suspect, le procureur a indiqué que selon ses dires, il fumait sans doute du haschich à l'occasion, mais que fondamentalement, concernant son "problème de stupéfiant", il avait été sevré il y a un an, lors de son passage en maison d'arrêt, et qu'il ne consommait pas particulièrement d'alcool.
Bref, apparemment rien ne permettait de craindre le drame, en tout cas pas le contexte familial et social du tueur présumé, un père enseignant, une mère comptable et deux soeurs, des gens "normaux", selon le mot du procureur.
Quoi qu'il en soit, vu la gravité des faits, l'excuse de la minorité ne tient plus. S'il devait être jugé pour cette affaire et reconnu coupable, le suspect qui a été incarcéré encourt une peine de réclusion à perpétuité.
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