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Vivreaupresent

La maltraitance médicale est banale

26 Septembre 2017 , Rédigé par Authentiqua Publié dans #Traditions des pays

 

Dans son livre«Les Brutes en blanc», Martin Winckler, médecin généraliste installé au Québec, dénonce le comportement de ses confrères français. 

 

LE FIGARO. - Pourquoi avoir écrit ce livre?
Martin WINCKLER. - C'est un problème que j'ai abordé depuis très longtemps dans beaucoup de mes livres.
Les études de médecine en France ne fabriquent pas des soignants, mais des gens qui se comportent comme des aristocrates. Ils considèrent les patients comme inférieurs à eux et ne les soignent pas: ils les traitent, leur donnent des médicaments, font faire des examens et administrent des ordonnances. Or, un médecin, c'est fait pour soigner et la profession médicale devrait former des gens à ça. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.


Qu'est-ce que la maltraitance médicale selon vous?
On la reconnaît au fait que le médecin chez lequel vous allez ne vous respecte pas en tant qu'individu, citoyen et sujet.
Il ne va pas vous écouter, va vous dire que ce dont vous vous plaignez, «c'est dans votre tête» ou vous faire des commentaires désagréables sur votre physique. La maltraitance médicale, c'est lorsqu'un médecin se permet de vous juger au lieu de répondre à votre demande de soins.
Vous écrivez que ces maltraitances sont fréquentes. Sur quoi vous appuyez-vous?
Je me base sur trois sources: mon expérience personnelle sur une quarantaine d'années, des témoignages de patients et d'autres documents montrant que la maltraitance est systémique. Par exemple, Le Quotidien du médecin publiait un article il y a une semaine disant que parmi les étudiants en médecine et internes,
30% des femmes et 10% des hommes font l'objet de harcèlement sexuel de la part des autres médecins. Si ce harcèlement s'exprime sur 30% de la profession, pourquoi ne s'exprimerait-il pas sur les patients?.
 La maltraitance, c’est la répétition des brutalités par un médecin qui trouve ça normal. On ne peut pas forcer un médecin à faire quelque chose, se faire poser un stérilet par exemple. Mais on peut lui interdire de faire quelque chose. Avec une anecdote qui l’a particulièrement marqué : une patiente s’est réveillée après une troisième césarienne et son mari lui annonce que pendant qu’elle dormait, le médecin lui a ligaturé les trompes.  C’est ce genre d’histoires qui m’a motivé à écrire ce livre. 

Mais il n'y a pas de données plus globales et officielles ni d'étude scientifique sur le sujet ?
Il n'y a pas d'étude sur le comportement des médecins en France, pour la simple et bonne raison que c'est aux médecins de diriger ces études et qu'ils ne veulent pas le faire. Néanmoins, il existe des arguments scientifiques indirects. Par exemple, on a commencé à s'intéresser aux soins palliatifs en Angleterre après la Seconde Guerre mondiale, tandis qu'en France, j'ai fait partie de la première équipe médicale à tester ces soins. C'était dans les années 1980, soit 30 ans plus tard...
Le fait d'être parti au Québec en 2009 vous donne-t-il une perspective différente?
Cela a augmenté ma colère. À Montréal, il y a deux facultés de médecine. Dans l'une d'elles, chaque étudiant a un mentor qui est un patient chronique qu'il suit tout au long de ses études. Dans l'autre, le recrutement des étudiants se fait sur dossier et lors de leur entretien, ils sont interviewés par un médecin et un patient. Dans les pays anglo-saxons, les patients font partie de la formation - qui est infiniment meilleure qu'en France, selon moi. Quand le système se dégrade, les médecins sont toujours du côté des patients. Alors qu'en France, lorsqu'il y a une revendication de patients, les médecins soutiennent le système.
Dans l'immense majorité des facultés françaises, les patients sont simplement des objets d'étude: il y a deux ans, la doyenne de l'université de Lyon trouvait ça normal d'effectuer des examens gynécologiques sur des femmes endormies sans leur consentement. C'est aberrant!


Les comportements que vous dénoncez peuvent-ils s'expliquer par des difficultés particulières rencontrées par les médecins?
Non, ils sont dus au fait que le monde médical a toujours vécu replié sur lui-même et très éloigné du monde réel. Une profession qui doit servir le public doit être redevable de ses actes.


Que faire quand on s'estime victime de maltraitance médicale?
Dans la mesure de ses moyens, il ne faut pas se laisser faire. On peut par exemple sortir sans payer. S'il y a une infraction au code de déontologie (disponible sur le site de l'Ordre des médecins), on peut porter plainte en allant faire une déposition au commissariat ou en écrivant au procureur de la République. Le médecin fautif ne pourra pas passer outre: il sera convoqué pour donner sa déposition. Porter plainte pourrait inciter d'autres victimes à faire de même.

 

 

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